dimanche 12 juillet 2009

Exploitation des pays du Sud

Le niveau de vie actuel des pays du Nord n’est permis que par le pillage en règle des pays du Sud. Cette situation d’exploitation, de colonialisme contemporain, est peu connue en dehors des cercles de spécialistes ou de militants, elle est pourtant étayée par de multiples exemples.

Voici trois exemples récents de ce pillage, parmi tant d’autres, qui vont nous aider à comprendre les mécanismes sur lesquels s’appuie la fabrication des objets qui nous entourent :




a) Le coltan (Colombo-Tantale) est un minerai essentiel à la fabrication des téléphones mobiles, dont 80% est fourni par la république du Congo. Un rapport des Nations unis suggère que l’armée rwandaise aurait gagné 250 millions de dollars en moins de 18 mois, grâce au pillage du Congo. De même pour les forces armées de l’Ouganda et du Burundi. Les commandes de minerai passées par les pays du Nord alimentent directement la guerre civile locale. Par ailleurs, les mineurs de coltan sont tous d’anciens fermiers et l’on peut craindre que les savoir-faire agricoles soient perdus et que se pose douloureusement la question du reclassement et de la survie quotidienne de ces populations si cette manne financière occidentale venait à cesser. Enfin, cette exploitation forcenée du Congo n’est pas sans impact sur la survie des gorilles de la région, ce qui finit par apparaître comme un léger dommage par rapport aux horreurs précédentes. Conclusion : nos achats de téléphones portables financent la guerre au Sud.



b) Le pétrole : Sans revenir sur les exemples évidents de la guerre en Irak, voici ce que l’on a pu entendre au procès ELF : « ELF a été crée pour maintenir l’Algérie et les rois nègres dans l’orbite française par le biais du pétrole. Avec les Algériens, ça a capoté. Avec les rois nègres ça se poursuit » explique l’ex-présidant d’ELF au tribunal (juin 2003). Dans Billets d’Afrique, Odile Tobner poursuit : « L’affaire ELF, qui restera dans l’histoire africaine comme une sorte de Watergate avorté, était en fait le symptôme de la maladie qui atteint le cœur de l’Afrique. Partout où il y a une odeur de pétrole, il y a toujours une guerre. Du Soudant au Tchad, au Congo, à l’Angola, en passant par l’Algérie et le Nigeria, les conflits, derrière le masque de l’ethnicisme ou de la religion, n’ont pour enjeu que le contrôle des sites pétrolifères. » Conclusion : Le plein d’essence finance la guerre au Sud.



c) Le nucléaire : En France, nous avons opté pour une soi-disant indépendance énergétique en faisant le pari du nucléaire. Indépendance certes, par rapport au pétrole, mais 100% de l’uranium utilisé dans nos centrales est importé. Une indépendance toute relative, qui s’appuie en fait sur les extractions de minerai du Sud.




Ces exemples illustrent bien la façon dont les économies du Nord sont tributaires de l’exploitation des ressources du Sud. Ils montrent à quel point nos achats créent et entretiennent certaines catastrophes du monde en développement (un dernier exemple, les exportations de bois exotiques en France, dont un quart de commandes publiques sont le premier responsable de la destruction des forêts tropicales de l’Ouest africain).

Un traitement humanitaire d’urgence est parfois la meilleure réponse devant une catastrophe au Sud, mais nombre de crises n’existeraient tout simplement pas si nous mesurions toutes les conséquences de nos achats quotidiens et décidions de les modérer en conséquence. L’humanitaire est une forme de charité, mais celle-ci ne doit pas nous satisfaire. C’est bien une exigence d’égalité, de justice, que nous devons viser. Le préventif (l’égalité, la justice) est toujours préférable au curatif (la charité).

samedi 6 juin 2009

C'est bon les chips

Tout commence il y a sept ans. Des chercheurs suédois détectent par hasard dans les chips un véritable poison, l’acrylamide*. Cette substance, à forte dose, peut provoquer des cancers du système nerveux et reproductif. Elle apparaît quand on cuit, à très haute température (plus de 120 °C), frit ou rôtit n’importe quel produit contenant de l’amidon. Aussitôt c’est le branle-bas de combat. L’équivalent allemand de notre Agence française de sécurité sanitaire des aliments dresse une première liste de tout ce qui peut contenir de l’acrylamide dans notre assiette. Pas moins de 73 douceurs (frites, crackers,chips, biscuits sucrés type spéculoos, chocolat en poudre…)
La commission européenne demande alors aux industriels de modifier illico leur procédé de cuisson pour faire chuter la quantité d’acrylamide. Elle lance en 2003 un grand programme de recherche, baptisé « Heatox », pour lequel se mobilisent 24 équipes issues de 14 pays. Mais depuis, silence radio. Et pour cause, l’acrylamide est pire que ce l’on imaginait. Non seulement éviter la formation de ces particules toxiques n’est pas facile, mais surtout l’acrylamide n’est guère que l’arbre qui cache la forêt. En creusant, les scientifiques ont en effet découvert que la cuisson industrielle des aliments contenant de l’amidon génère plus de 800 composés chimiques, dont 50 fortement soupçonnés d’être cancérigènes ou génotoxiques, tels que le furanne ou le « HMF ». Une nouvelle empoisonnée que les industriels de l’agroalimentaire font tout pour ne pas ébruiter. Sans doute la transparence des procédés de fabrication sont plus toxique que l’acrylamide…


l’acrylamide : http://fr.wikipedia.org/wiki/Acrylamide

dimanche 19 avril 2009

Une chasse d'une nouvelle génération est ouverte

Vous sortez du cinéma, vous marchez dans la rue, votre téléphone portable sonne. Une voix vous conseille de vous rendre dans le resto mexicain d’en face. Pourquoi ? Parce que vous avez visité récemment le site internet Wikipédia sur le Mexique, regardé Luis Mariano sur YouTube, et consulter une recette sur les tapas. Autant d’indices qui ont permis à un ordinateur de détecter en vous le « mexicanophile ». Il vous a répertorié et fiché comme tel. Comment le resto d’en face vous a-t-il repéré ?, par satellite, le GPS de votre mobile vous a trahi.

Ce n’est pas de la science-fiction, à peine une légère anticipation. Les défenseurs des libertés s’inquiètent déjà. Jusqu’alors, ils bataillaient seulement pour que les moteurs de recherche ne conservent pas l’historique de vos visites sur le net et ne le transmettent pas à n’importe qui, dans le but d’identifier vos tendances politiques, religieuses ou sexuelles…

Désormais, ils se préoccupent aussi d’empêcher que vous ne serviez de cible commerciale. Car vous êtes de plus en plus surveillé, traqué, utilisé par les grandes puissances de la Toile. Rien ne leur échappe dès lors que vous êtes inscrit pour bénéficier de leurs services gratuits. Eux, en retour, se font payer en vendant les données qu’ils recueillent sur vous.

Les commanditaires de cette longue traque ?, les publicitaires qui espèrent avoir trouvé leur Graal avec le ciblage comportemental. Ils veulent cerner le consommateur au plus près, connaître ses désirs afin de les devancer. Google a annoncé, début mars, le lancement de son offre de pub ciblée qui permet d’adresser un message aux internautes sélectionnés à partir de leur intérêt pour tel produit ou service. Sur Facebook ou Myspace, les annonceurs peuvent choisir leur audience par âges, sexes, lieux et centres d’intérêt.

Aux Etats-Unis, les investissements publicitaires sur ce type de sites ont atteint 1,4 milliard de dollars en 2008, quatre fois plus qu’en 2006, selon eMarketer, un cabinet spécialisé. Ciblée ou non, la pub en ligne pourrait représenter 10% des dépenses publicitaires cette année, et 15% en 2013. A cette date, elle devrait s’élever à 3,3 milliards rien que pour le téléphone. En France, Publicis compte réaliser 25% de ses revenus avec le numérique en 2010.

Cette manne énorme bouscule toutes les barrières. « Les données personnelles sont le nouveau pétrole de l’Internet », s’est inquiétée, le 31 mars, Meglena Kuneva, commissaire européenne à la protection des consommateurs. Elle craint que ne s’impose la loi du plus fort. « Il y a une perte de contrôle des utilisateurs sur les données collectées », s’était déjà plaint Alex Turk, le président de la Cnil, le 12 mars dans le journal les Echos.


Menace virtuelle


Jusqu’à quel degré d’intimité la vente des informations personnelles peut-elle aller ? Votre situation financière, votre état de santé pourraient intéresser bien des entreprises… et entrainer beaucoup de discriminations pour le faible ou le déshérité. Meglena Kuneva a donc adressé une mise en garde aux géants du Net : « Si aucune réponse claire n’est apportée sur nos préoccupations concernant la collecte de données, alors nous agirons ». Mais elle s’est gardée de fixer le moindre ultimatum.

Les internautes restent heureusement leurs meilleurs défenseurs. Quand Facebook a annoncé fin 2007, son intention de livrer aux annonceurs les coordonnées de ses membres, le site a dû reculer devant le tollé… Un précédent qui a fait réfléchir tous les géants du Web, mais ne les a pas fait renoncer à la ruée vers l’or des données personnelles.

samedi 28 mars 2009

Loi internet divise la majorité

Les critiques les plus meurtrières contre la loi de Christine Albanel sont venues de la droite.


Il était temps que le débat s’interrompe jusqu’au 31 mars. La ministre de la Culture en était à trouver « ridicules » ses opposants, qu’elle accusait de présenter son œuvre comme une « sorte d’antenne de la Gestapo ». Ce qui est le signe d’un certain énervement. Christine Albanel a vite retiré son propos, qui visait aussi bien la gauche que sa majorité. Son projet de loi contre le piratage télécharge bien des critiques, surtout le point concernant la création d’une Haute Autorité de protection des droits sur Internet (Hadopi), chargée de réprimer l’internaute pris à planter le drapeau pirate sur son ordinateur. Les socialistes du Sénat l’avaient approuvé en octobre. Depuis, leurs collègues de l’Assemblée ont pris le contre-pied et ils la combattent sans pitié. La droite n’est pas en reste. Jeudi 12 mars, un élu UMP, Lionel Tardy, a même manifesté devant le Palais-Bourdon avec de jeunes socialistes. Ils sont au moins cinq députés, la semaine dernière, à l’abordage du texte de la ministre. Tous pour de solides raisons.


Loi obsolète


Jean Dionis du Séjour, député-maire Nouveau centre d’Agen, a rappelé qu’en 2006, le parlement avait adopté un projet de loi anti-piratage sous la houlette de Donnedieu de Vabres, prédécesseur d’Albanel à la Culture. Nicolas Dupont-Aignan, député de l’Essonne, a abondé : « Votre loi est déjà obsolète. Plutôt que de s’interroger sur les raisons de ce fiasco législatif(…), votre gouvernement sous la pression de quelques célébrités, veut s’arcbouter un peu plus comme un enfant qui croit défier la mer avec son château de sable ».


Usine à gaz


Le même Dupont-Aignan a dénoncé « l’installation d’une usine à gaz administrative et judiciaire au coût délirant ». Lionel Tardy, député UMP de Haute-Savoie, a ironisé : « Le projet est calibré pour décider jusqu’à 1000 sanctions par jour, prises par un conseil de trois personnes. Cela représente 333 décisions par personne, 47 décisions par heure et par juge, soit un peu plus d’une minute par dossier, soit vingt-cinq secondes par décision ». C’est piratecop !!!


Dispositif inefficace


« Le risque est grand d’être inefficace, en créant une nouvelle ligne Maginot législative », a jugé Patrice Martin-Lalande, député UMP de Loir-et-Cher. « Soyons lucides, l’identification des contrevenants sera difficile à mettre en œuvre, a expliqué Dionis du Séjour, lourde en contentieux et particulièrement coûteuse. Les zones wifi, les réseaux cryptés, les usurpations d’adresses IP seront autant d’obstacles qui rendront l’identification des contrevenants complexe.» alain Suguenot, député UMP de Côte-d’Or, a mis les points sur les « i » du wifi : « Nous ne pouvons pas transiger sur le respect de la justice. Comment sanctionner le vrai coupable ? »


Sanction contestable


« La suspension de l’accès à internet est un véritable mauvais choix », a déclaré Dionis. Justement la coupure sera difficile à effectuer pour les abonnées qui disposent d’une offre triplée (Internet, téléphone et télévision). Certains opérateurs ne savent pas le faire. Cela va leur demander d’investir 70 millions d’euros selon eux, répercutés sur le consommateur bien sûr. Plus grave, le fautif devra continuer à payer son abonnement pendant la durée de la suspension : « Madame la Ministre, supprimez au moins cette provocation, je veux bien me mettre à genoux, s’il le faut », a supplié Dionis, fervent catho. Lionel Tardy a dénoncé un projet liberticide : « L’internaute poursuivi n’a ni accès au dossier ni possibilité de répondre avant le prononcé de la sanction. Il y a donc là une inconstitutionnalité flagrante.»

Avec de telles critiques venues de la majorité, on comprend qu’Albanel ait eu besoin de passer ses nerfs sur l’opposition.

lundi 2 mars 2009

Les armes disparues d’Afghanistan

Un organisme réputé du congrès américain, le GAO (Government Accountability Office), l’équivalent de notre Cour des comptes, cautionne un bilan du matériel militaire perdu en Afghanistan. En 46 pages, ces experts ont dressé un déprimant bilan pour la Grande Amérique et ses alliés, des trois dernières années passées à combattre talibans, insurgés nationalistes et commandos d’Al-Qaïda.
Le GAO affirme avoir perdu la trace de 87 000 armes (M-16, mortiers, etc.) sur les 242 000 expédiées en Afghanistan par le Pentagone. Le rapport mentionne que 135 000 armes fournies par les pays de l’Otan à l’armée et à la police afghanes ont, elles aussi disparu. Et de souligner la « corruption » et la « laxisme » des dirigeants de Kaboul. L’explication est un peu courte, car il ne s’agit pas seulement d’arnaque ou de revente à bon prix aux talibans. Selon les auteurs de ce document, nombre de soldats afghans formés par les officiers de l’Otan choisissent de déserter à la fin de leur instruction. Avec l’intention de rejoindre les rangs des insurgés ou les seigneurs de guerre qui règnent sur le trafic d’opium dans certaines provinces, et qui participent, dans de nombreux cas, aux combats contre l’occupant.
Cette guerre qui a plus de sept ans d’âge, figurait bien au menu de la réunion, les 19 et 20 février des 26 ministres de la Défense de l’Alliance. A Cracovie, ce jour-là, une note confidentielle de l’Otan a été remise aux participants. Elle contenait des statistiques en rien réjouissant. Pour l’année 2008 : assassinats et enlèvements +50%, pertes alliés + 35%, civils afghans tués +46% etc. S’y ajoutait l’affirmation du caractère « précaire » du régime du président Karzai et du climat de « corruption » locale.
Vedette de ces réflexions guerrières, Robert Gates, patron du Pentagone, a décrit aux ministres l’escalade militaire à laquelle se livrent désormais les insurgés, et prédit une crise majeure avant l’élection présidentielle afghane, prévue en août. Chef des troupes engagées sur place, le général US McKierman en a rajouté et il a annoncé que « 2009 sera la pire des années pour ses soldats ». C’est dire si, après cette aimable description d’un avenir aussi radieux, la délégation américaine voulait convaincre ses alliés d’accomplir de nouveaux efforts militaires et financiers. Difficile de suivre Washington sur ce terrain. Obama prévoit d’engager davantage de troupes et de crédits en Afghanistan, et d’y dépenser 100 millions de dollars par jour. Ainsi il a promis à ses généraux de leur envoyer, avant l’été, 17 000 hommes en renfort et de porter bientôt à 60 000 les effectifs de leur corps expéditionnaire.
Malgré l’exemple fourni par les Américains, et leurs revendications alliés récurrentes, les ministres alliés présents à Cracovie n’ont guère montré d’enthousiasme. Les Britanniques se sont engagés à envoyer 2 500 soldats en renfort, ce qui portera le nombre des militaires de Sa Majesté à environ 10 000 hommes. Plus modestes, les Allemands en promettent 600 et les Italiens 500.

Cinq milliards évanouis

Ministre français de la Défense, Hervé Morin n’a pas fait un triomphe. « La France n’envisage pas d’augmenter son contingent à court terme » a-t-il déclaré. Peut-être que plus tard, Sarkozy acceptera de consentir un effort ?. L’état-major examine la possibilité, si le Président veut jouer les bons alliés, de dépêcher a Kaboul entre 100 et 800 nouveaux combattants. Quelques dizaines de membres de la DGSE iront sans doute former au métier des barbouzes afghans. On pourrait leur demander de rechercher, sinon les armes disparues, plusieurs milliards évanouis dans la nature.
En juillet 2008, lors d’une conférence internationale à Paris, les pays donateurs avaient décidé d’allouer 21 milliards de dollars d’aide à l’Afghanistan. Tout n’a pas été versé mais, sur les 14 milliards déjà partis vers Kaboul, un tiers s’est perdu en route selon la comptabilité de l’Otan, comme le rapporte un analyste des services français de renseignement.
A croire qu’un émule de Madoff fait des siennes là-bas.

jeudi 12 février 2009

L'iPhone la poule aux œufs d'or d'Orange

Une marge commerciale égale à 40% du chiffre d'affaires 40%, c'est tout bonnement époustouflant. Orange à réalisé ce chiffre avec la commercialisation de l'iPhone «3G» d'Apple. Ce chiffre aurait dû demeurer secret, comme la plupart des données financières de la téléphonie mobile. Mais il a été révélé par la cour d'appel de Paris, qui a statué sur les accusations d'entrave à la concurrence: Orange avait en effet obtenu le monopole de l'iPhone en France.
Dans son arrêt du 4 février qui confirme une décision rendue, le 17 décembre 2008, par le Conseil de la concurrence, la cour a mis fin à cette «entente» interdite par les règlements européens. À cette occasion, elle met au grand jour de gênants documents que l'opérateur a vainement tenté de faire écarter des débats, en prétendant qu'ils relevaient du «secret des affaires». Cela aurait été dommage.
Entre juillet et décembre 2008, Orange a vendu 450 000 iPhone 3G. Chaque vente a été couplée avec un abonnement moyen de dix-huit mois, à 86 euros HT. Soit un chiffre d'affaires global d'environ 700 millions pour cette période. Une fois déduits les amortissements et les frais généraux de l'opérateur, il est resté un petit magot de 280 millions (40% du chiffre d'affaires, le double de ce que réalise le groupe de luxe LVMH, pourtant considéré comme un champion en la matière). Et après, notamment, déduction des sommes reversées à Apple au titre du contrat de partage des revenus, le bénéfice net s'est élevé à 140 millions.
Les experts du Conseil de la concurrence se sont même amusés à calculer que , pour réaliser ce bénéfice, Orange n'avait engagé que 6,6 millions de dépenses spécifiques à la 3G. Soit un retour sur investissement de plus de 2000%!!!. Quant à la subvention accordée sur chaque appareil, 310 euros contre 260 en moyenne, sur les autres téléphones, ce qui permet de facturer l'iPhone à 100 euros. Elle est amortie en moins de quatre mois d'abonnement.
L'affaire est d'autant plus rentable pour Orange car plus de la moitié des abonnés à l'iPhone ont été arrachés à ses concurrents. Soit plus de 200 000 nouveaux clients, qualifiés par l'opérateur de « technophiles à haut revenu ». D'où leur facture égale, en moyenne à plus de deux fois celle d'un client normal. Lequel client attend avec impatience de voir si la concurrence va faire baisser les prix, ou si les opérateurs vont continuer à exploiter cette mine d'or... à trois.

lundi 12 janvier 2009

Au menu de la formation des élus

C’est la loi : les 550 000 élus locaux ont droit à une formation adaptée à leurs fonctions, pour les aider à remplir leur mandat. Les mairies, communautés urbaines, conseils généraux et régionaux y consacrent chaque année, pour chaque élu, de quelques dizaines euros dans les petites communes à près de 5000 dans les assemblées les plus riches. Au total, ces budgets représentent plusieurs dizaines de millions, mais aucun chiffre précis n’est disponible. Cette formation est censée enseigner aux élus les rudiments des finances publiques, les joies du code des marchés ou les arcanes des règlements d’urbanisme. Quelque 165 sociétés et associations agréées par le ministre de l’Intérieur se partagent se fleurissant marché. Certaines entreprises assurent un vrai travail, mais d’autres, plus ou moins bidon, servent avant tout de pompe à fric. Et enrichissent un peu plus des partis qui bénéficient déjà du financement de l’Etat. Ce n’est pas un hasard si du FN à la LCR, tous les mouvements politiques se sont dotés de leurs propres instituts de formation. Parfois, les programmes de travail se résument à l’organisation de gueuletons entre amis ou au remboursement de petits séjours au soleil. Qui soutiendra que l’on se forme bien le ventre vide et sous la pluie ?

Le 9 décembre, une rude soirée de travail attend 24 élus UMP de Paris dans un salon du Procope, restaurent historique du quartier de l’Odéon. Réunis pour une session de formation sur le développement des universités, les conseillers de Paris et ceux des arrondissements présents mettent les bouchées doubles. Au programme de cette studieuse assemblée : apéritif, homard, médaillon de veau aux petits légumes et omelette norvégienne. Chaque repas a été payé 90 euros au restaurent. Puis aussitôt refacturée 500 euros à l’Hôtel de Ville sous le beau nom de « formation ». Ce qui oblige, amusant paradoxe, un maire de Gauche à arroser un parti de droite. Un bénéfice net d’environ 9000 euros pour une association crée et dirigée par le parti de Sarkozy.
Pour sauver les apparences, trois personnes membres ou sympathisants de l’UMP avaient été invitées au Procope, histoire de prononcer deux mots sur la politique universitaire. Parmi elles, la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, qui est aussi candidate à la tête de liste UMP pour les régionales en Ile-de-France. Très occupée, elle s’est contentée de passer une demi-heure au restaurant pour discuter de ses projets avec ses petits camarades. Présent également, l’ex-président de Paris-IV-Sorbonne, Jean-Robert Pitte, ne s’est pas davantage attardé. Seul son collègue de Paris-Dauphine, Laurent Batsch, est resté à table de l’apéro au pousse-café.
L’UMP Paris n’en n’est pas à son premier gueuleton du genre. Depuis les municipales de mars dernier, les élus se sont ainsi formé les papilles en rencontrant autour d’une assiette bien garnie l’ancien patron de l’opéra Hugues Gall, la présidente de la chambre de commerce de Paris, Geneviève Roy, et le préfet de police Michel Gaudin. Les factures, payées par la ville vont de 200 à 600 euros par convive.
Le banquet avec le préfet de police qui s’est tenu le 23 octobre dernier a été plus difficile à digérer. Après avoir reçu la facture, l’équipe Delanoë a en effet émis quelques doutes sur la réalité de ce « séminaire de formation » qui se résumait un souper en compagnie d’un haut fonctionnaire de la république. Pour amadouer une administration tatillonne et obtenir le remboursement des frais, l’UMP a donc imaginé et imprimé, après coup, « un programme de travail » hautement fantaisiste.

Côté socialistes, c’est le Centre de formation Condorcet qui est supposé enseigner le métier de l’élu. Une journée de travail est même organisée tous les ans à la Rochelle, la veille de l’université d’été du parti. Cette session d’études connaît une remarquable affluence. De nombreux élus s’inscrivent mais sèche les cours, ils se contentent de se faire rembourser leurs frais de transports et d’hébergement avec les crédits de formation de leur mairie ou de leur conseil général. Certains courants du PS se sont même dotés de leur propre centre de formation pour mieux financer leurs activités. Le royaliste Vincent Peillon, fondateur de l’Institut Edgar-Qui-Net le reconnaît ouvertement : « Cela peut permettre de faire fonctionner un club de réflexion. Cette activité, que j’ai arrêtée, a d’ailleurs laissé un petit bénéfice dans les caisses de mon institut.»
Au parti communiste, le Cidef assure la formation de plus de 2000 élus chaque année, pour des tarifs qui varient de 78 à 856 euros la journée, selon la taille des collectivités locales. L’argent versé par les mairies permet de financer une partie de la propagande du Parti. C’est-à-dire de « former » à la fois l’élu et l’électeur.