dimanche 20 décembre 2009

Trucs et astuces pour financer les partis politiques

Plus de 200 organisations fantômes, sans militants, sans programme, mais regroupant les dons de généreux donateurs, existent en France.



Pour les étrennes, les formations politiques vont pouvoir se partager 75 millions de manne publique. La répartition du gâteau s'effectue au prorata du nombre de parlementaires et du pourcentage de voix obtenues au premier tour des législatives. L'UMP et le PS vont se manger les plus grosses parts de ce gâteau. Une quarantaine de petites formations ramasseront les miettes. D'autres encore, plus nombreuses ne toucheront rien. Car la France est particulièrement riche en partis. La commission nationale des comptes de campagne en a enregistré environ 230. Quant on n'y regarde de plus près, beaucoup sont des coquilles vides, ou des paravents, qui, servent à récolter des dons et à contourner la loi de 1988 sur le financement politique. Des partis peut-être sans adhérents ou militants, mais pas dépourvu d'habiles trésoriers.


Des coquilles vides


Sarko bénéficie, en sus de l'UMP, du soutien de deux « groupement politiques »: l'Association de soutien de l'action de Nicolas Sarkozy et l'Association nationale des amis de Nicolas Sarkozy. La première, basée à Bruges dispose d'un site Internet et affichait en 2007 (dernier chiffre connu) un budget d'un peu plus de 250 000 euros. L' essentiel de cet argent est destiné à financer les campagnes du candidat Sarkozy. Le second est en sommeil. Fondée en 2002 et situé à Limoges, cette organisation de masse a pour président un certain Christian Estrosi et comme trésorier Brice Hortefeux. En 2007, son budget était bas, dépassant à peine les 70 000 euros. La commission des comptes de campagne l'a cependant rappelé à l'ordre pour « irrégularités ». afin de collecter des dons, les « amis de Nicolas Sarkozy » utilisent des comptes Paypal. Or ce procédé ne permet pas de vérifier si l'argent récolté provient d'individus ou de personnes morales et donc de sociétés commerciales. Or il est rigoureusement interdit à un parti de recevoir des dons d'une entreprise privée.
Si une entreprise ne peut pas financer un parti, un autre parti est en droit de le faire, d'où l'avantage de créer plusieurs formations politiques. Soit pour permettre de savants mouvements de vases communicants. Soit pour permettre à une même personne de verser plusieurs contributions. Une pratique qu'analyse le très sérieux Groupe d'Etats contre la corruption (Greco), émanation du Conseil de l'Europe.


Pratiques immorales de personnes morales


Les experts de Greco expliquent que les candidats incitent leurs supporters à faire transiter leur obole par les partis. En effet, le plafond autorisé des dons y est supérieur : 7 500 euros défiscalisés pour un parti, contre 150 euros par chèque uniquement pour un candidats. Et sans contraintes. Car contrairement aux dons des particuliers, dont le montant ne peut dépasser 20% du budget d'une campagne électorale, ceux d'un parti ami sont libres.
Sarko n'est pas le seul à connaitre l'astuce, comme lui, Philippe de Villiers bénéficie du soutien de trois partis : le Mouvement pour la France (MPF), bien sûr, mais aussi Combat pour les valeurs et Non à la Turquie en Europe. En épluchant les comptes de ces trois formations, on découvre qu'en 2007 la troisième a versé 115 000 euros au MPF et, dans le même temps, a perçu 306 000 euros de la première.
Le poète Dominique de Villepin dispose également de son propre parti politique baptisé Courage République. Fondée le 13 novembre 2006, cette formation affiche un budget de 11 900 euros. Depuis, l'ex-Premier ministre a créé une association type loi 1901. Avantage : contrairement au parti, elle peut bénéficier de dons de personnes morales, donc les entreprises.
Ségolène royal utilise la même technique. Pierre Bergé héberge quasi gratuitement les amis de la présidente de Poiyou-charentes dans des locaux du boulevard Raspail, à Paris. Parti politique jusqu'à la présidentielle 2007, Désirs d'avenir est devenu une association depuis. Là encore pour accueillir légalement de généreux donateurs privés et anonymes. En attendant de redevenir un parti en 2010 et de mettre la manne récoltée au service d'une candidate ?
Copé, lui, a déjà pensé à tout. Même à 2012. Son club Génération France est en fait un parti politique. « Le débat y est plus libre », explique le président-fondateur. Et les dons seront également les bienvenus...

mardi 27 octobre 2009

Les acteurs du procès Clearstream n’était pas au complet

Quatre témoins essentiels « oubliés ». Point commun : ils risquaient de mettre en cause Chirac.


Premier grand absent, Claude Guéant. Le secrétaire générale de l’Elysée a pourtant affirmé connaître les auteurs de la manipulation. Et, il n’y a pas si longtemps, il accusait Chirac d’en être le cerveau.
Fin 2004, puis à nouveau le 28 février 2005, Sarkozy et Guéant convoquent Yves Bertrand, ex-patron des RG. Ils lui disent savoir que c’est lui, le maitre d’œuvre des fichiers truqués. Aidé, précisent-ils, de Philippe Massoni, un chiraquien pur jus chargé des questions de sécurité à l’Elysée. Yves Bertrand raconte cet épisode dans une note remise à Villepin en mars 2005 : Sarkozy « tenait des propos à la limite de la menace visant (…) certains membres de l’entourage du président de la République qu’il soupçonne de complot monté contre lui ». Comment Guéant qui a confirmé la réalité de ces rencontres, peut-il être aussi affirmatif ? Sur quelles informations se fonde-t-il ? Ces questions n’intéressent pas le tribunal.
Autre absent de marque, Laurent Le Mesle, aujourd’hui procureur général de Paris. En septembre 2007, Villepin livre cette information stupéfiante, dans une note aux juges d’Huy et Pons : en juillet 2004, il a participé, à l’Elysée, à une réunion consacrée à l’affaire Clearstream avec Chirac et Le Mesle, son ancien conseiller pour la justice, devenu ensuite directeur de cabinet du garde des Sceaux. Selon Villepin, Le Mesle a vivement recommandé de ne pas informer le juge Van Ruymbeke des éléments réunis lors de l’enquête du général Philippe Rondot. Notamment de ses sérieux doutes sur l’authenticité des listings. Etrange conseil venant d’un haut magistrat tout de même.
Villepin réitère ses accusations à plusieurs reprises, et propose même aux juges d’être confronté à Le Mesle. Cette rencontre ne sera jamais organisée. Si Villepin dit la vérité, Le Mesle serait pourtant susceptible d’être renvoyé avec lui devant le tribunal, pour ne pas avoir informé le juge Van Ruymbeke de ce léger détail. On lui demandait d’enquêter sur la base d’une dénonciation calomnieuse. Chirac serait d’ailleurs lui aussi « complice » pour avoir donné l’ordre à Villepin de se taire. C’est peut-être pourquoi cet épisode n’intéresse personne.
Autres figures de choix au cercle des témoins disparus, Michèle Alliot-Marie à l’époque ministre de la Défense, et son directeur de cabinet, Philippe Marland. Eux aussi savaient, grâce aux investigations de Rondot, que les listings étaient truqués. Et eux aussi se sont tus, comme l’a rappelé Villepin à la conclusion des débats.
Tout commence par une grosse colère de MAM, le 12 janvier 2004, lorsqu’elle apprend que Villepin a chargé Rondot d’une enquête secrète. Normalement les ordres ne doit venir que de la ministre de la Défense. Rondot se fait passer un sévère savon, au point d’entrer dans une profonde déprime, et pensant à démissionner. Mais, à ce jour, Rondot rend régulièrement compte à MAM de l’avancée de son enquête, via des notes détaillées à son directeur de cabinet, François Marland. Puis le 27 juillet 2004, MAM sait que les listings sont des faux. Et personne ne fait rien pour en informer le juge. Rien non plus pour alerter Sarko de ce qui se trame…
Encore un épisode qui n’intéresse pas le tribunal. Et plus curieux encore, qui ne trouble pas l’une des victimes et partie civile nommée Sarkozy.


Pacte de non-agression

L’affaire Clearstream a donné lieu à d’étonnants échanges d’amabilités entre Sarko et Chirac. Le Président ne cesse ainsi de répéter à son entourage que son prédécesseur « n’a jamais participé à la machination ». Dans les couloirs du procès, l’avocat de Sarkozy, Thierry Herzog, multiplie d’ailleurs les paroles apaisantes pour Chirac. De son côté, l’ancien président s’est abstenu d’accorder le moindre soutien à Villepin. Il l’a même enfoncé. Le 22 juin 2007, un mois après sa sortie de l’Elysée, Chirac faisait ainsi savoir qu’il démentait « catégoriquement avoir demandé la moindre enquête visant des personnalités politiques dont le nom a pu être mentionné ». Cette mise au point, fort mal reçue par l’intéressé, donnait à penser que Villepin avait agi de son propre chef. Depuis, Chirac s’est toujours refusé à livrer d’autre confidence sur le dossier. Ces démonstrations croisées de gentillesse installe un « équilibre de la terreur » entre Chirac et Sarko. D’un côté, Chirac a besoin de Sarko pour régler ses propres problèmes judiciaires. De l’autre, l’ancien président se vante, en privée, de posséder des dossiers très gênants sur les activités passées de son successeur.

jeudi 1 octobre 2009

+1 pour les élus ripoux

Il restera au moins une chose de la loi pénitentiaire saccagée par la ministre de la Justice et l'UMP: un petit amendement, adopté en douce par la commission des Lois de l'Assemblée, le 8 septembre, puis voté vite fait par les députés, sans autre explications et sans le moindre débat, le 16 septembre. Juste une ligne de texte : « L'article L7 du Code électoral est abrogé. »
Il s'agit ni plus ni moins d'une délicieuse auto-amnistie. Ce « L7 » prévoit la radiation automatique des listes électorales des élus et fonctionnaires condamnés pour corruption ou recel en tout genre. Il date de 1995, époque durant laquelle la lutte contre les ripoux était à la mode. Il rendait inutile qu'un juge prononce spécifiquement la radiation pour 5 ans des listes électorales. Le préfet s'en chargeait dès la condamnation définitive. Voilà plus de dix ans que ce maudit article L7 empoisonne la vie, entre autres, des malheureux Alain Juppé, Pierre Bédier, Jacques Masdeu-Arus(UMP), François Bernardini(PS) et qu'il menace Dominique de Villepin, prévenu de « recel » dans l'affaire Clearstream, au cas où il se présenterait enfin à une élection.
Ce type de peine automatique n'est pas monnaie courante dans une démocratie. Et la cour européenne en a vivement critiqué le principe. Ce qui permet de dissimuler la manœuvre sous des habits progressistes. On doit d'ailleurs son abrogation inespérée au socialiste Jean-Jacques Urvoas, soutenu par Jean-Paul Garraud, rapporteur UMP de la loi pénitentiaire. Avec l'accord de l'ensemble de la commission des Lois.
« C'est une énorme bêtise, dont je ne suis absolument pas solidaire et qu'il faut réparer d'urgence! » déclare Arnaud Montebourg, qui a déjà contacté son ami Urvoas pour lui dire sa colère. Dommage pour Urvoas qui a vainement bataillé heure par heure, avec 368 amendements, dans l'espoir de rendre un peu de sens à la loi pénitentiaire. Mal à l'aise, le député PS avoue « je comprends que l'on s'interroge sur l'opportunité de cet amendement dans cette loi. D'ailleurs, si cela pose un vrai problème, je veillerai à le faire enlever. Mais juridiquement, il est très cohérent. ».
Alors pourquoi ne pas en avoir débattu publiquement?. Cette sorte d'amnistie des politiques, alors que la ministre de la Justice, le rapporteur et la majorité repoussent une nouvelle fois le principe de cellules individuelles, aurait apporté un peu de fraîcheur à l'affligeant débat pénitentiaire.

Les suicides de France Télécom

VINGT-DEUX suicides, quatorze autres tentatives officiellement recensées, dis-huit mois de silence ou de déni avant que le PDG de France Télécom, Didier Lombard, cesse de regarder les salariés tombés. Le 15 septembre, après une rude bataille menée par les syndicats et une mise en demeure du ministre du Travail, brusque réveil. Lombard affirme alors ne plus penser qu'à « arrêter la spirale infernale ». Il annonce la mise en œuvre d'un nouveau «  nouveau contrat social ». il le fait haut et fort dans tous les médias. Télévisions, radios, « Le France Télécom du mois de décembre ne sera pas le France Télécom d'aujourd'hui ». Tout en refusant de geler les restructurations au-delà du 31 octobre, comme l'exigent les syndicats.
En regardant de plus près, le chemin sur lequel se hâte désormais le PDG de France Télécom avait été tracé 2 ans plus tôt, par Carlos Ghosn, patron de Renault, après la vague de suicides qui avait frappé son technocentre de Guyancourt (Yvelines). C'est quasiment un copier-coller, comme si les vieux copains du CAC 40 se refilaient les bons tuyaux pour sortir de la mouise.
Quand Antonio, le géomètre s'écrase devant ses camarades au pied du paquebot de verre de Guyancourt, un matin d'octobre 2006, seuls la CGT et SUD s'alarment. Ailleurs c'est le silence. Pourtant comme France Télécom, Renault maltraitait ses employés. Isolement, désarroi. Des agents crevaient du manque de communication, des cadres tremblaient de ne pas être performants. Privatisation, culture d'entreprise saccagée, brutalité du management, objectifs inhumains, tout se jouait à huis clos.
Quelque mois après Antonio, Hervé se jette dans une pièce d'eau. On l'avait collé devant un ordinateur sans lui en donner le mode d'emploi. Et puis Raymond se pend. Il a eu peur d'être licencié. La « Ruches », les « open-spaces », les plantes vertes, le formidable centre high-tech, fort de 12 000 salariés, où sont conçues les voitures de demain, tout se dégrade. Les syndicats se rebellent. Sous la pression, Carlos Ghosn reconnaît des « tensions objectivement très fortes sur le site ». Le tabou du suicide tombe enfin. La direction de Renault explique aujourd'hui qu'il a fallu comprendre, ensuite calmer puis entamer la reconstruction. Comme vient de faire France Télécom, le constructeur automobile choisit le cabinet Technologia pour enquêter sur les risques psychosociaux au sein de l'entreprise. Deux ans après les suicides chez Renault, la parole va être donnée aux salariés de l'opérateur téléphonique.

Bonjour détresse

A Guyancourt, 6000 personnes ont répondu au questionnaire de Technologia pour un résultat sans appel: 30 % des salariés du technocentre de Renault souffraient de détresse au travail. Le navire prenait l'eau, la direction a colmaté en urgence : réévaluation des ressources en fonction des charges de travail, suspension provisoire de la mobilité géographique. Deux milles personnes ont été formées à la détection des problèmes sociaux. Mise en place d'un « chargé des relations humaines de proximité » pour 350 salariés, horaires de travail restreints. Une « journée de l'équipe », où l'on cesse de bosser pour réfléchir est instaurée. Forum « Forme et Santé », atelier massage, entrainement à la « petite sieste » sur le lieu de travail, séances chez le psy réglées par l'entreprise, coiffeur pour remonter le moral...
« La souffrance a été identifiée. Il fallait réapprendre à se dire bonjour »explique un responsable de la CGC de Guyancourt. « Avant, quand tu pétais un plomb, c'était la sanction. Maintenant, c'est l'infirmerie et le soutien », concède un cégétiste du technocentre.

Au moins un ne déprime pas

En 2008, France Télécom annonçait un bénéfice net de 4,1 milliards, contre 6,3 l'année précédente. Le 18 septembre, tache noir dans le CAC 40 en hausse de 19%, l'action de France Télécom accusait une perte de 9% depuis le mois de janvier. Mais que l'on se rassure, ces mauvaises nouvelles n'affectent pas la belle santé financière de didier Lombard. Le PDG de France Télécom a vu sa rémunération globale passer de 1 504 675 euros en 2007 à 1 655 985 euros l'année suivante, avec une progression de 25,66% de la part variable. Vraiement pas de quoi déprimer...

vendredi 18 septembre 2009

Yaourt hyper concentré

C'est un pavé dans le pot de yaourt que lance un chercheur français dans la prestigieuse revue scientifique « Nature » (septembre 2009). Pour Didier Raoult, patron du labo de virologie de la Timone, à Marseille, les yaourts et autres boissons lactées farcis aux probiotiques que l'on nous fait avaler depuis près de vingt ans auraient leur part de responsabilité dans l'épidémie d'obésité qui frappe les enfants. Les probiotiques, vous savez, ce sont ces bactéries censées booster nos défenses immunitaires que Danone ajoute à la pelle dans certains yaourts. On en trouve plus d'un milliard par pot d'Activia ou d'Actimel. Le problème est que ces « bonnes bactéries actives et vivantes », sont les mêmes que celles utilisées depuis longtemps dans les élevages industrielles comme activateurs de croissance. En gros, pour faire grossir à vue d'œil cochons et poulets. Un porc gavé de probiotiques, c'est au moins 10% de plus sur la balance. Apparemment, la recette s'applique aussi chez les humains.
Et Didier Raoult de rappeler cette étude plutôt flippante. En début d'année, des chercheurs ont comparé la flore intestinale des obèses et des non-obèses. Surprise, les premiers étaient bourrés de probiotiques, ceux justement que l'on trouve dans les yaourts « santé ». « On a autorisé pour l'alimentation humaine des activateurs de croissance utilisés dans les élevages, sans chercher à savoir quel serait l'effet sur les enfants », s'étonne le professeur. Et celui-ci de réclamer des études pour connaître le rôle précis de tous ces produits lactés dans l'épidémie d'obésité infantile. D'autant que les enfants ont droits aux mêmes concentrations de probiotiques dans les yaourts que les cochons ou poulets. Faudrait peut-être que Danone arrête de tourner autour du pot.

mardi 25 août 2009

Artistes

http://rapidshare.com/files/271226255/D_sob_issance.rar.html
MDP : laplume1870

N’ayons pas peur car nous sommes le monde, le système n’est rien sans nous,
à nous de reprendre l’espace public, de récupérer nos rues, de reprendre en main nos quartiers,
On nique pas le système en voulant le détruire, on nique le système en construisant sans lui,
Alors construisons, reprenons nos vies en mains, car les leurs sont pleins de sang…
Echangeons, on a tous quelque chose à apporter à l’autre,
Et donnons plus nos compétences qu’à Babylone,
Donnez les à la résistance qui t’enroute, On fait tous partie de la solution,
N’oublions pas qu’on est le monde, même s’ils ont le chiffre on est plus fort on a le nombre !
Un peuple uni ne sera jamais vaincu.

Keny Arkana

dimanche 12 juillet 2009

Exploitation des pays du Sud

Le niveau de vie actuel des pays du Nord n’est permis que par le pillage en règle des pays du Sud. Cette situation d’exploitation, de colonialisme contemporain, est peu connue en dehors des cercles de spécialistes ou de militants, elle est pourtant étayée par de multiples exemples.

Voici trois exemples récents de ce pillage, parmi tant d’autres, qui vont nous aider à comprendre les mécanismes sur lesquels s’appuie la fabrication des objets qui nous entourent :




a) Le coltan (Colombo-Tantale) est un minerai essentiel à la fabrication des téléphones mobiles, dont 80% est fourni par la république du Congo. Un rapport des Nations unis suggère que l’armée rwandaise aurait gagné 250 millions de dollars en moins de 18 mois, grâce au pillage du Congo. De même pour les forces armées de l’Ouganda et du Burundi. Les commandes de minerai passées par les pays du Nord alimentent directement la guerre civile locale. Par ailleurs, les mineurs de coltan sont tous d’anciens fermiers et l’on peut craindre que les savoir-faire agricoles soient perdus et que se pose douloureusement la question du reclassement et de la survie quotidienne de ces populations si cette manne financière occidentale venait à cesser. Enfin, cette exploitation forcenée du Congo n’est pas sans impact sur la survie des gorilles de la région, ce qui finit par apparaître comme un léger dommage par rapport aux horreurs précédentes. Conclusion : nos achats de téléphones portables financent la guerre au Sud.



b) Le pétrole : Sans revenir sur les exemples évidents de la guerre en Irak, voici ce que l’on a pu entendre au procès ELF : « ELF a été crée pour maintenir l’Algérie et les rois nègres dans l’orbite française par le biais du pétrole. Avec les Algériens, ça a capoté. Avec les rois nègres ça se poursuit » explique l’ex-présidant d’ELF au tribunal (juin 2003). Dans Billets d’Afrique, Odile Tobner poursuit : « L’affaire ELF, qui restera dans l’histoire africaine comme une sorte de Watergate avorté, était en fait le symptôme de la maladie qui atteint le cœur de l’Afrique. Partout où il y a une odeur de pétrole, il y a toujours une guerre. Du Soudant au Tchad, au Congo, à l’Angola, en passant par l’Algérie et le Nigeria, les conflits, derrière le masque de l’ethnicisme ou de la religion, n’ont pour enjeu que le contrôle des sites pétrolifères. » Conclusion : Le plein d’essence finance la guerre au Sud.



c) Le nucléaire : En France, nous avons opté pour une soi-disant indépendance énergétique en faisant le pari du nucléaire. Indépendance certes, par rapport au pétrole, mais 100% de l’uranium utilisé dans nos centrales est importé. Une indépendance toute relative, qui s’appuie en fait sur les extractions de minerai du Sud.




Ces exemples illustrent bien la façon dont les économies du Nord sont tributaires de l’exploitation des ressources du Sud. Ils montrent à quel point nos achats créent et entretiennent certaines catastrophes du monde en développement (un dernier exemple, les exportations de bois exotiques en France, dont un quart de commandes publiques sont le premier responsable de la destruction des forêts tropicales de l’Ouest africain).

Un traitement humanitaire d’urgence est parfois la meilleure réponse devant une catastrophe au Sud, mais nombre de crises n’existeraient tout simplement pas si nous mesurions toutes les conséquences de nos achats quotidiens et décidions de les modérer en conséquence. L’humanitaire est une forme de charité, mais celle-ci ne doit pas nous satisfaire. C’est bien une exigence d’égalité, de justice, que nous devons viser. Le préventif (l’égalité, la justice) est toujours préférable au curatif (la charité).